le jeudi 26 février 2026
C’est par une belle matinée printanière que nous visitons le quartier Saint-Vincent et la rue de la Martinière en compagnie de Nicolas Jacquet, notre guide.
Vu du pont la Feuillée, du côté quai Bondy nous constatons une certaine hétérogénéité de cette partie de Lyon. Beaux points de vue sur les pentes de la Croix-Rousse, en particulier sur le parc des Chartreux, le quai Saint-Vincent, les immeubles longeant le quai datant pour la majeure partie du XVIIe siècle, l’église Saint-Vincent dont le portail est coincé sur le quai par deux bâtiments du XIXe siècle.
A l’emplacement approximatif de la section entre les actuelles rues Constantine et d’Algérie, se trouvait un abattoir qu’on appelait « la Boucherie des Terreaux ». On jette les détritus et le sang sur les bas-côtés des cours d’eau ou aux bords des ports – c’est ce que l’on pouvait observer au port de la Feuillée. En 1830, les abattoirs seront transférés à Perrache.

Le long du port Saint-Vincent, le plus ancien de la ville, le quai n’est vraiment aménagé qu’au XVIIe siècle. Le commerce du vin et du blé a valu au quai Saint-Vincent d’être considéré comme le « ventre de Lyon ». En se baladant dans la rue des Augustins, on découvre des garages qui auparavant étaient des entrepôts destinés à stocker le vin qui arrivait du Beaujolais par bateaux.


L’église Saint-Vincent faisait partie du couvent des Augustins, implanté dans le secteur à partir du XIVe siècle. Elle était appelée église Saint-Louis en hommage au dauphin Louis qui avant contribué à son édification. Le porche de l’église est désaxé par rapport à l’édifice afin de respecter l’alignement du quai Saint-Vincent.


Le reste des bâtiments monastiques est affecté à l’armée avant de devenir l’école de la Martinière des Jeunes Filles en 1831.
Le nom de l’école « la Martinière » a été attribué en hommage à son fondateur Major Claude Martin, né à Lyon en 1735. Il consacra sa fortune à la promotion de l’éducation ; il lègue ses biens aux enfants des deux sexes afin qu’ils reçoivent une instruction de qualité.

Place de la Paix, on s’interroge sur l’origine du pilier ancien qui y trône : il s’agit du seul élément subsistant de l’ancien couvent des Carmes qui se trouvait à cet emplacement depuis le début du XIVe siècle. En 1792, le couvent est vendu à des particuliers. La construction de l’école de la Martinière fera disparaître une partie des vestiges des bâtiments conventuels.



Le besoin de la ville de rompre avec le passé (congrégations religieuses) ainsi que le legs de Claude Martin va complètement modifier l’aspect et la nature du quartier. Les bâtiments religieux laissent place aux écoles et à l’art nouveau. La salle Rameau achevée en 1908 et construite par François Clermont et Eugène Ribout, les mêmes architectes que l’école de la Martinière présente une structure d’acier et de béton armé, des baies immenses mais aussi une décoration et détails Art-nouveau.
Sur le jardin de l’ancien couvent des Augustins a été construit le plus vieux marché couvert de Lyon » les Halles de la Martinière » et les commerçants s’y installent en 1839. René Dardel est l’architecte.


Puis on s’attarde sur la Fresque des Lyonnais, 800 m2, 24 personnages historiques et 5 contemporains. Ce mur a été réalisé par la Cité de la Création en 1994/95.
Place Gabriel Rambaud, rue Fernand Rey, rue du Jardin des Plantes, rue de la Vieille, anciennement rue Vieille-Monnaie où était établi au XVe siècle l’atelier monétaire. A l’angle des rues St Benoît et de la Vieille subsiste un joli jardin en partie entouré d’une colonnade. Ancien couvent de bénédictines, ce bâtiment date du XVIIe siècle et offre une pause surprenante dans un environnement très urbain.



L’âme du quartier historique Saint-Vincent cohabite avec de grands immeubles modernes et les grands équipements, les halles, le lycée de la Martinière et la salle Rameau. Porteuse d’enjeux urbains qui n’ont pas tous été concrétisés, cette percée est aujourd’hui un espace de vie, le cœur d’un quartier jeune et à la mode.




Texte de Martine Fumex